L'ELEVAGE

Le chien est un animal sensible, et les caractéristiques du labrador le destinent à assurer à ses maîtres une compagnie et une complicité sans faille. Ses aptitudes exceptionnelles l'ont conduit à seconder l'homme dans des missions aussi complexes qu'assistance aux aveugles et handicapés, recherche de survivants dans les décombres et les avalanches, recherche de drogue et d'explosifs, recherche au sang, pistage, recherche du gibier mort ou blessé et même chien policier.

C'est dire si l'élevage du labrador doit prendre en compte, pour préserver tout ce qui en fait un chien unique en son genre, un nombre important de paramètres. C'est dire aussi s'il faut apporter d'attention au développement et au psychisme des chiots.

Mon long parcours avec les labradors que j'ai sélectionnés sur  trois décennies  m'a conduite à être aussi dépendante d'eux qu'ils le sont de moi. Une fois le portail refermé, loin de la brutalité du monde, je me ressource à leur gentillesse attentive, à leur calme, à leur beauté, à cette allure typique qu'ils ont tous au Valhalla.

Depuis que j'ai renoncé à toute forme d'aide, c'est vraiment l'osmose. Elever, est pour moi le moyen de pouvoir vivre avec mes chiens, de pouvoir materner les chiots, d'effectuer le passionant travail qu'est la sélection. Un  art de vivre en quelque sorte.

Pour assurer à mes chiots toute l'attention qu'ils réclament, je n'élève qu'un nombre raisonnable de portées. Mes retraités finissent leur vie à la maison, et je ne vends ni jeunes adultes, ni adultes, ni saillies.

Ne croyez pas pouvoir évaluer un éleveur au nombre de ses chiens, mais plutôt au nombre de races qu'il élève et depuis combien de temps. Libre à vous cependant de privilégier celui qui élève quelques portées par an pour payer les vacances ou restaurer la maison, et se dépêche de se débarrasser de ses chiens aussitôt qu'ils ne sont plus rentables. Son expérience est aussi limitée que le nombre de ses chiens, mais, à l'entendre comme à le lire, il a de la "passion" à revendre. 

Si le labrador n'a pas une once d'agressivité, en revanche c'est un chien courageux qui ne se laissera pas agresser deux fois quelque soit l'adversaire. Tel chien, tel maître. Pour m'être frottée à ceux qui se sont découvert une passion soudaine pour le labrador lorsqu'il est devenu à la mode vers 1989, j'ai appris à prendre mes distances.

Mes lignées étant pratiquement uniques en France, certaines parmi les rarissimes n'ayant aucun porteur de tares oculaires au pedigree (et pas juste sur les trois générations du pedigree français), toutes ayant conservé le merveilleux caractère typique du labrador, je ne pratique plus d'échanges qu'avec quelques amis éleveurs.

Si produire des chiens est à la portée de n'importe qui, et ce d'autant plus que les critères requis sont basiques,  la sélection, elle, qui ne dépend que de l'expérience, des connaissances et de la volonté de l'éleveur fait toute la différence entre le tout venant et le haut de gamme.

Ce qui fait la valeur d'un élevage, c'est l'âme de l'éleveur .C'est unique et intransmissible, ainsi certains des plus fameux élevages anglais repris par les enfants de l'éleveur  n'ont pas survécu  en  qualité et type  au décès de ce dernier.

On ne peut parler de sélection qu'à la condition de connaître parfaitement les caractéristiques des deux lignées  dont sont issus les deux partenaires que l'on se propose de marier. Comme le disait Mary ROSLIN-WILLIAMS (affixe Mansergh) "il faut toujours avoir en tête son labrador idéal", c'est pourquoi comme elle le disait aussi, "s'adresser à un champion n'a de sens que si ce dernier convient à la femelle"

L'aspect le plus simple de la sélection est d'abord le choix de la couleur des futurs chiots.

CODE GENETIQUE DE L'HEREDITE DES COULEURS CHEZ LE LABRADOR

Cliquez sur les tableaux pour les agrandir

 

Ce tableau de transmission des couleurs illustre concrètement la différence entre phénotype et génotype.

Prenons un labrador noir, la couleur noire est le phénotype du chien, c'est ce que l'on voit. Si, en matière d'élevage de chiens de race, on pouvait se baser uniquement sur le phénotype des reproducteurs , ce chien noir ne devrait donner naissance qu'à des chiots noirs. Or il se trouve qu'il pourrait être susceptible d'engendrer des jaunes, des chocolats, des yellow liver, et peut-être même, le facteur chance contredisant parfois les statistiques, pas un seul noir sur une portée donnée. Les couleurs que ce chien noir est susceptible de transmettre sont déterminées par son patrimoine génétique: son génotype, qui ne se voit pas, par opposition au phénotype.

L'art d'élever suppose une perception aussi précise que possible du génotype des géniteurs que l'on se propose d'accoupler, qui ne peut s'acquérir qu'à l'expérience et s'enrichit systématiquement au fil du temps.

C'est ce qui explique que tant que l'on élève sur des lignées que l'on connaît on est en mesure de prévoir le résultat, et qu'en revanche, si l'on introduit dans son planning d'élevage un chien, même extraordinaire, dont on ne connaît pas le génotype, il faut savoir s'attendre à tout...

Les grilles de sélection si chères aux décideurs, avec leurs chiens "recommandés" pas toujours recommandables, leurs "élites" et autres "champions" ("S'il y a de mauvais champions, c'est qu'il y a de mauvais juges" Mary Roslin-Williams "Advanced Labrador Breeding), sont exclusivement basées sur le phénotype et sur des critères acquis en ce qui concerne les épreuves de travail et parfois les tests d'aptitudes naturelles. Si elles rendent compte des performances d'un individu précis, c'est à dire des résultats de l'exploitation de cet individu, elles ne garantissent en aucun cas la valeur de cet individu en tant que reproducteur. 

De surcroît,  le système de cotation des géniteurs ne repose pas, comme pour les chevaux, sur des performances indiscutables, mais exclusivement sur l'appréciation humaine. Ainsi, Gabelle du Valhalla (en photo ci-dessous) fut, à un mois d'intervalle, d'abord refusée à la confirmation, puis gagnante du CAC en exposition.

Gabelle du Valhalla à Monsieur de Régloix

"Des bons juges dépend le bon élevage" Pauvre, pauvre labrador...

A l'instar des éleveurs britanniques, qui ont fixé la race et en demeurent les gardiens, et ne songeraient pas à se prêter à ce genre de plaisanterie, il ne m'est jamais venu à l'idée de souscrire à cette invention technocratique qu'est  la grille de sélection , qui ravale la notion d'élevage, démarche individuelle basée sur la perception de la race et du chien,  à celle de production commerciale d'inspiration kolkhozienne.

En effet, si les titres et les cotations permettent d'augmenter les prix des chiots et de vendre des saillies, non seulement ils ne sont nullement garants du résultat escompté, mais peuvent être, hélas, responsables de la propagation de tares, véhiculées incognito, telles que atrophie progressive de la rétine, épilepsie, ou encore caractère atypique. Seules l'expérience , la connaissance et la compréhension des pédigrées des géniteurs peuvent permettre de limiter les dégâts, voire d'améliorer la qualité des chiots que l'on élève.

                    

Vanille et Samba au Valhalla

 

 

 

 

Classement de sites - Inscrivez le vôtre!